Le trek du Laugavegur

De Skogar au Landmannalaugar.


Ce trek est un enchantement. Il n’est pas difficile en soi, à condition d’être un tant soit peu préparé et de ne pas traîner un sac de 30 kg (c’est pourquoi nous avons laissé une partie de nos affaires à la consigne du camping de Reykjavik). Nous sommes partis avec des rations alimentaires pour 6 jours, mais en réalité nous avons réalisé le parcours en trois jours et demi, depuis Skogar vers le Landmannalaugar (82 kms). Partir du sud vers le nord permet un extraordinaire crescendo dans la beauté des paysages, et c’est très agréable de terminer une rando en se baignant dans des sources chaudes…


Le Laugavegur. Notre périple islandais a commencé par là : rien ne nous avait encore préparés au choc tellurique que nous allions vivre. De l’Islande, nous ne connaissions que Reykjavik et les paysages croisés en bus entre la capitale et la chute d’eau de Skogar où nous avions choisi de débuter notre trek.

Skogafoss

Jour 1: De  Skógar aux environs de Básar-24 km.  Nous sommes arrivés sur les lieux à onze heures du matin, sous un ciel blanc. Il y avait du monde qui montait jusqu’à la cascade par les escaliers pentus et glissants, mais sitôt franchi le « périmètre touristique », nous nous sommes retrouvés seuls au milieu d’un hallucinant paysage de mousse d’un vert profond, coupé par la rivière Skóga  qui çà et là explosait en cascades.

Le brouillard et la pluie se sont assez vite invités, jetant sur le paysage un fin rideau de tulle. Nous tardons à enfiler nos sur-pantalons : grave erreur ! Malgré le froid, nous déjeunons au bord de la rivière.

Lorsque nous reprenons notre marche, le brouillard s’est épaissi.

Dans le brouillard!
Dure montée vers le refuge de Fimmvörduskáli

Vers 16 heures, après une longue montée moitié neige moitié lave, nous arrivons plus ou moins en aveugle au Refuge de Fimmvörduskáli où l’on nous dit qu’il est impossible de camper compte tenu de la météo. Le refuge étant complet, la seule solution est de doubler l’étape.

Nous voilà repartis, dans la glace et la lave noire à nouveau, sur le champ de lave datant de l’éruption de l’Eyjafjallajökull, à tenter de distinguer les jalons jaunes sur le glacier qui pourtant doivent bien mesurer 3 mètres. Nous nous postons à des endroits différents, attendant que le vent veuille bien dégager un jalon. Sitôt que l’un d’entre nous en voit un, il hurle pour appeler l’autre.

Au bord du glacier Mýrdalsjöku

On avance malgré tout vers Porsmork (là où beaucoup choisissent de faire débuter le trek).  Après avoir traversé le long plateau de  Morinsheið parsemé de cailloux et battu par les vents,  descendu un passage chainé plus ou moins périlleux avec nos gros sacs, nous tentons désespérément de planter la tente (il est 19h20), mais les bourrasques qui tournoient ont raison de notre patience.

Longue traversée du plateau de Morinsheið sous le vent…

Alors on continue. On aperçoit le refuge de Básar en bas dans la vallée, mais il semble encore bien loin ! On finit par s’arrêter pour planter dans une petite grotte (enfin, disons un abris sous roche). La tente est à l’abri de la pluie, et nous aussi.

Premier Bivouac

Jour 2: des environs de Básar à Botnar – 20 km. La deuxième étape commence par une descente assez tendue, le chemin a été rendu glissant par la pluie. Certains passages délicats sont bordés de mains courantes. En bas, après un court passage dans une forêt de bouleaux, nous nous arrêtons au premier camping pour faire le plein des gourdes. Ensuite on traverse les bras de la rivière par deux ponts roulants, puis à gué. 

Pont roulant
A gué!

Nous avions prévu chaussons et chaussures de kayak et c’était plutôt une bonne idée compte tenu de la température de l’eau et du lit de cailloux coupants. Les randonneurs que nous croiserons par la suite et qui traverseront pieds nus mettront un temps infini à passer de l’autre côté des torrents…

La vallée de l’apocalypse

La vallée glaciaire que nous découvrons est un paysage d’apocalypse.  Après le camping d’Emstrur, nous traversons une petite forêt (disons un taillis) Les paysages magnifiques se succèdent. Nous mangeons sous la pluie fine près d’un pont qui enjambe un torrent bruyant prisonnier d’une gorge étroite.

Convulsion de la terre
Contrastes (Le glacier Myrldasjokull )

Les volcans, les roches, les canyons ont une étonnante présence. On dirait parfois des gravures ou des toiles romantiques torturées.

Contrastes encore…(le glacier  Myrldasjokull )

Nous traversons un vaste plateau de cendres surplombé de volcans et de glaciers. Le refuge tarde à se montrer.

Sur les chemins noirs…

Arrivés dans la vallée de Sandar, on aperçoit au loin des randonneurs qui grimpent le long d’une coulée de scories.

Dure montée!

On se dit que c’est peut-être la route les gorges de la Markafjlot,  que nous avons prévu d’aller voir après avoir monté le camp à Botnar. On se dit aussi que ces gens sont fous et que nous n’irons pas. Je ne sais pourquoi nous nous imaginons que le refuge est dans la vallée. Seulement voilà, ce chemin pentu et qui paraît bien long d’en bas, c’est justement la route de Botnar ! Celle que nous devons prendre. Nous la prenons. Dure montée pour une fin d’étape ! Le refuge finit par apparaître. Nous plantons la tente un peu à l’écart et… nous voilà repartis : encore une heure de marche pour aller voir le fameux canyon de la Markafjlot.

Canyon

Le ciel se dégage enfin. Les gorges prennent d’incroyables teintes.

Nous restons là, fascinés, à regarder le soleil descendre et enflammer le glacier.

Glacier à la fin du jour

Puis nous redescendons vers le refuge et notre bivouac.

Le chemin du retour
Second bivouac


Jour 3: d’Emstrur (Botnar) à Álftavatn – 16 kms. Je ne sais si nous sommes les premiers levés, mais en tout cas nous sommes les premiers partis. Nous serons seuls au monde pendant plusieurs heures, seuls  au milieu d’un désert de scories noires hérissé de montagnes, dont le fameux mont Hatfel, qui semble s’éloigner tandis que nous avançons vers lui.

Seuls au monde…
Seuls face au mont Hatfel

Nous passons un premier cours d’eau sur des cailloux. A une croisée de chemins, un panneau  indique Winterfell et le Mordor, et c’est vrai qu’on se croirait dans un paysage de fiction, au royaume de Sauron.

You shall not pass!

Le panneau dit : « You shall not pass… » Nous passons pourtant ! Encore un pont sur un torrent. Nous traversons le petit coin de paradis qui accueille le refuge de Hvanngil avant de franchir un nouveau gué.

Le refuge de Hvanngil

Vers Hvanngil
Vers Hvanngil

Nous déjeunons au creux d’un paysage magnifique.

Coin de pique nique

L’étape est relativement courte. Nous arrivons de bonne heure au lac Alftavatn.  On s’installe à l’écart.

Troisième bivouac

On se douche au refuge (douche à flash code  de 5 min!). On casse la dorsale de la tente en voulant faire sécher du linge dessus : le poids et l’action conjuguée du vent ont eu raison de l’aluminium garanti incassable par Vaude.  Heureusement que nous avions prévu le nécessaire pour réparer!

Le lac Alftavatn

Le vent souffle de plus en plus fort, nous obligeant à nous réfugier dans la tente à 17h. Quand le temps se calme, nous allons préparer notre popote près du refuge. Lorsque nous revenons, deux ou trois autres tentes sont plantées à un mètre de la nôtre alors qu’il y a des hectares de champ libres, instinct grégaire quand tu nous tiens !

Jour 4: d’Álftavatn à Landmannalaugar-22 kms. La montée au-dessus du lac d’Alftavtn est une pure merveille. Si la veille nous avions eu l’impression d’affronter le Mordor, là, c’est plutôt la Comté que nous imaginons traverser, ou le pays des Elfes. Nous ne cessons de nous retourner pour contempler le lac entouré de volcans et surplombé  d’un glacier qui touche le ciel. Nous sommes sans voix.

Vue du lac Lac Alftavatn et du pays des Elfes.

Déjà nous apercevons les premières fumeroles sorties des entrailles de la rhyolite.

Premières fumerolles…

La terre semble bouillir. La neige et le feu se côtoient intimement.

Les bancs de brume transfigurent le paysage. Névés, champs d’obsidiennes, sources chaudes, boues brûlantes, mousses d’un vert étonnant, odeurs de souffre et de sulfure d’hydrogène…

Dans les brumes
Obsidienne

Nous arrivons à midi au refuge d’Hrafntinnusker, heureux de trouver une table pour manger et amusés par la folie (douce ? pas si sûr…) d’un jeune randonneur au sac bien lourd d’où il a exhumé un pot de 1 kg de Nutella…

Arrivée au Landmannalaugar

Dans l’après-midi, nous arrivons au Landmannalaugar. La vue est magnifique mais après trois jours de solitude et de silence, c’est un peu un choc de se retrouver au milieu de touristes venus en bus et d’un camping poussiéreux.

On monte le camp

Jour 5: balade dans le  Landmannalaugar. Il fait un temps magnifique, la brume s’est dissipée, le ciel est bleu. Nous entreprenons l’ascension du volcan Brennisteinselda (855m). Trop bref moment de solitude au sommet avant d’être rejoints par un groupe d’apprentis géologues sympathiques mais très bavards.

Le volcan Brennisteinsalda

Nous passons la journée hors des sentiers battus, dans les chaos de lave, près des gours, à observer les fleurs, les mousses, les champignons. l’Ascension du volcan Bláhnúkur (940m) nous offre un panoramique  à 360° sur toute la région. Simplement magique !

Alain M. & Célia C.

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