La fin d’un monde ?

Chroniques des petites et grandes désillusions (1)

Le long de la route qui va de Kochkor à Naryn, on voit des camps de nomades, yourtes et roulottes, troupeaux qui souvent prennent leurs aises au milieu de la chaussée. La steppe est vaste et pourtant les camps sont tout au bord de la route, comme si les espaces libres faisaient peur désormais. Et comble, parfois ces camps sont cernés de clôtures.

                A Naryn, nous avons mangé près du bazar, un plov (riz pilaf) et un lagman (pâtes épaisses) avant de tenter de sortir de la ville pour faire du stop. Longue, longue ville, étendue comme un parchemin sans fin mais qui n’a rien à raconter. Une voiture sur deux est un taxi, difficile dans ces conditions de faire du stop : il faut lever, baisser le bras, lever, baisser le bras sans arrêt. Au bout d’une heure, nous finissons par prendre un taxi. Nous tentons de nous faire comprendre : nous voudrions être déposés à la sortie de la ville, sur la route de Kazarman. Incompréhension. Le chauffeur finit par appeler au téléphone quelqu’un qui parle anglais. Il nous tend son smartphone. Visiblement, on ne veut guère accéder à notre demande. Le chauffeur est hilare et n’arrête pas de répéter « Kazarman ! Kazarman ! » en riant.

                La route qui relie Naryn à Jalal-Abad (où nous voulons aller) via Kazarman n’est pas une route, c’est une piste interdite aux autobus, ouverte seulement l’été, et que n’empruntent que des taxis collectifs et les gens qui y sont obligés. Elle passe par de hauts cols. La difficulté d’y faire du stop, c’est que très peu de voitures l’empruntent.

                Après deux demi-tours, d’autres gens pris et déposés çà et là, le chauffeur de taxi finit par nous mener à la sortie de Naryn. Lui comme nous utilisons « Google trad ». Finalement, le smartphone permet à des gens qui ne parlent pas la même langue de communiquer ; en revanche, je ne suis pas certain que ce soit le cas entre ceux qui partagent la même ! Toujours hilare, le chauffeur nous dit qu’il va faire quelque chose pour nous : il écrit Kazarman en russe sur un morceau de carton…

                Il passe vraiment très peu de véhicules, mais un camion de chantier finit par s’arrêter. Le chauffeur nous demande d’où nous venons. Frantsous ! Du coup, le voilà qui nous explique qu’il a un cheval français, puis il nous met Hélène Ségara en concert sur son portable connecté à l’autoradio. Très mauvais son. Déjà que… « Je t’aime meuh ! ». Il  nous dépose 20 kilomètres plus loin (sur 330 à couvrir !) à un carrefour au milieu de nulle part. Il passe si peu de voitures que j’entreprends de repriser une chaussette (déjà) trouée !

Du stop au milieu de nulle part

Une Marshrutka (mini-bus local) passe et veut bien s’arrêter pour nous. On nous explique qu’il n’y a plus de place et qu’il nous faudra voyager debout. Il reste un siège pour Célia cependant et un adolescent d’une quinzaine d’années me cède le sien, eu égard à mon âge quasi canonique ! Échange en anglais avec ce garçon souriant qui fait des grimaces pour amuser ses frères. Nous descendons à Ak Tal, village au milieu de rien lui aussi. A droite la route fille tout droit sur trois ou quatre kilomètres jusqu’à l’endroit où elle se sépare en deux pistes, à droite celle qui va à Kazarman ; tout droit, celle qui s’accroche aux montagnes jusqu’au lac Song Kul. Nous marchons jusqu’au fleuve Naryn pout tenter de nous ravitailler en eau au cas où nous ayons à planter la tente loin de tout, ou tout près de rien. Évidemment, pendant que je suis en train de remplir la gourde loin de la route, une voiture passe. Célia me hèle. Je cours. Pour rien.

« Bon, la prochaine qui s’arrête, on la prend, où qu’elle aille ! »

                La voiture suivante s’arrête. « Song Kul ? » demande le chauffeur. Nous répondons oui. Initialement, nous avions décidé d’éluder ce lac pourtant réputé comme la perle du Kirghizistan par peur de l’afflux de touristes et du folklore factice, mais avec un petit pincement au cœur pourtant…

                Le chauffeur, qui s’appelle Erlan, explique qu’il va bien au Song Kul mais qu’il doit d’abord s’arrêter dans son village. Il a un camp de yourtes sur les rives du lac. Il nous montre des photos sur son téléphone. Il nous mène dans un hameau, dans une maison qui n’a visiblement pas l’eau courante mais qui semble néanmoins plus riche que celle d’Elvira, notre hôtesse à Karakol. On nous sert du thé à profusion, sucreries, gâteaux, pain, confiture…

                Erlan doit travailler. Il nous laisse sa maison à disposition pendant ce temps, salle de repos avec lit-divan et télévision. Un enfant de onze douze ans vient régulièrement nous servir du thé. Nous demandons à Erlan si nous pouvons l’aider, mais cela semble contraire à l’hospitalité Kirghize. Cette dernière ne cesse de nous étonner…

                En attendant, je regarde la carte. La piste que nous allons emprunter passe par un col à 3666 mètres ! Pour le moment, nous attendons sagement dans la « cuisine ». Elle est aussi dépouillée que celle d’Elvira. Une seule plaque électrique, un évier à réservoir en plastique orange…

… et un gros seau où les gens de la maison viennent régulièrement puiser de l’eau à boire avec une grosse louche verte.

Un four électrique par terre, un réfrigérateur antique et un vaisselier sans âge dont le vernis n’est plus qu’un souvenir. Pas de serrure aux portes.

                Vers 19h30, après un petit somme sur le lit-divan, nous prenons la piste pour le Song Kul. La voiture est pleine : Erlan, son père, deux enfants et nous. Quelques kilomètres plus loin, la voiture cale. Impossible de redémarrer. On s’acharne sur les téléphones mais le réseau est capricieux. Une voiture ouzbèque s’arrête. Palabres. Erlan consent à exécuter les manœuvres prescrites. Benzine problem ! On repart. Plus tard, je découvrirai que le « réservoir » d’essence de la voiture est en fait un gros bidon en plastique placé dans le coffre…

                Plus haut, nous nous arrêtons à la nuit tombante à un camp de yourtes près d’un torrent. Nous sommes accueillis par la mère d’Erlan. On nous invite à prendre place parmi cette famille kirghize réunie tandis que les ouzbèques dépanneurs mangent dans une autre yourte. Prière coranique dite par Erlan avant d’attaquer le premier plat. Tourte à la viande dans une sorte de pâte à raviolis. Puis ragoût-soupe au fort goût de mouton. Je remarque que les hommes mangent une pièce de viande qu’ils ne partagent pas avec nous…

                Nous passons le col à 3666m en pleine nuit. A l’arrivée, le lac est invisible, mais le ciel est merveilleusement étoilé. On prépare une yourte pour nous. Il est si tard que nous n’avons pas le courage de monter notre tente. Nous omettons stupidement de demander le prix. On allume le feu dans le poêle. Il fait bientôt une chaleur plus que douillette. Dans la nuit, il fera très froid. Et si au début nous dormons sans la moindre couverture, nous sommes bientôt contents de nous blottir sous les grosses couettes molletonnées kirghizes découvertes chez Elvira.

                Au matin, le givre recouvre la steppe. Le spectacle est saisissant de calme et de sérénité.

L’espace est si vaste et si ouvert que les multiples camps de yourtes à touristes qui parsèment les rives du lac passent presque inaperçus, et puis ils font couleur locale.

Beauté factice

Mais il ne faut pas se méprendre, ces camps sont des plaies, des simulacres où le touriste peut se donner l’illusion de l’authentique, mais au prix de décharges sauvages…

Décharge sur la steppe…

… et surtout de la corruption des valeurs initiales du pays : peu à peu l’hospitalité se métamorphose en simple accueil commercial. Nous nous étions pourtant bien jurés de ne pas tomber dans ce panneau-là, mais Erlan est si sympathique et nous sommes arrivés si tard que nous n’avons pas eu le cœur à refuser la yourte qu’il nous proposait.

                Autour du lac, il y a peut-être une dizaine de « vraies » yourtes, encore ne sont-elles plus habitées par de vrais nomades. Le nomadisme n’existe plus au Kirghizistan. Il s’est transformé en simples transhumances estivales. Les anciens nomades se sont sédentarisés au bord des routes où ils vendent du fromage et du Koumiz. C’est la fin d’un monde.

                Le lendemain, nous fainéantons, nous allons au bord du lac dont les vagues battent les galets comme une mer, construisons encore des cairns et des bonhommes en pierre, puis nous escaladons le pic Konnewitz (3133 m) pour avoir une vue d’ensemble du paysage.

Le lac Song Kul
Joe l’Indien…
Au sommet du pic Konnewizt

                De retour au camp, nous nous avisons enfin du prix des yourtes. Là, nous découvrons non seulement qu’il est très élevé pour le pays mais qu’en plus Erlan entend nous faire payer le transport jusqu’au lac et le repas pris chez sa mère. Et le corbeau de jurer, mais un peu tard…

                Le problème, c’est que nous devons redescendre du lac (56 km de piste) pour rejoindre la route de Kazarman. Erlan, qui décidemment ne manque pas d’air malgré l’altitude, propose de nous mener jusqu’à Kazarman moyennant 6000 som (75 euros). Mais nous allons tenter le stop.

                Finalement le lendemain, nous parvenons à nous incruster dans un voyage organisé français qui redescend vers Naryn (ce qui signifie que nous abandonnons l’idée de descendre dans le sud par Kazarman, il nous faudra repasser par Bichkek où nous allons de toute façon tenter de résoudre le problème des visas turkmènes, que nous n’avons toujours pas ). La guide kirghize, qui a vécu 6 ans à Paris et qui a une amie qui a fait le tour du monde en stop, est touchée par notre démarche. Il y a de la place pour nous dans le mini bus qui transporte les bagages. Nous sommes arrivés par le sud du lac, nous allons redescendre par le nord, par une piste de toute beauté. Bon évidemment, voyage organisé oblige, il y a les incontournables arrêts photos minutés, mais si nous avions fait du stop conventionnel, nous n’aurions sans doute pas pu nous arrêter pour voir cascades et paysages.

La route qui redescend dans la vallée est un impressionnant lacis !

                Nous profitons d’une crevaison de la camionnette qui transporte le groupe de français pour fausser compagnie à tout ce beau monde et faire du stop direction Kochkor. Deux camionnettes qui voyagent ensemble s’arrêtent. Il y a de la place pour nous dans la seconde. Quelques kilomètres plus loin, nous sommes invités à boire du koumiz (lait fermenté et boisson nationale) dans une roulotte nomade.

                Nous arrivons assez vite à Kochkor où nous sommes assaillis par un chauffeur de taxi et un autre de Marshrutka qui tous deux ont justement besoin de deux derniers voyageurs pour remplir leur véhicule et enfin partir. C’est la meilleure des situations pour nous ! En définitive, c’est le chauffeur de taxi qui propose le meilleur prix (250 com, 3 euros, pour faire 200 kilomètres).

                Nous voilà de nouveau à Bichkek, dans une guest house près de Osh Bazar et des taxis qui descendent vers le sud…


Villégiature au bord du lac Kol Ukok

Chroniques des incommensurables riens (1)

Il nous faut apprendre à sortir de l’attitude consumériste, des horaires, des emplois du temps. Nous ne sommes pas partis pour collectionner les sites et les paysages, pour nous en gaver comme on se gaverait de hamburgers ; nous sommes là pour vivre pleinement les secondes, les minutes, mortel folâtre, sont des gangues qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or.

Nous ne sommes pas en vacances, nous ne sommes donc pas contraints par le carcan étriqué de 15 petits jours de congés. Nous avons le temps. Nous pouvons prendre le temps. Nous commençons à peine à le comprendre et à agir en conséquence.

Et cela a vraiment commencé ces derniers jours au bord du lac Kol Ukok. 5 heures de marche pour l’atteindre, à 3014 mètres d’altitude. Au-dessus, il y en a, paraît-il, un autre, plus petit et plus beau. Nous n’y sommes pas allés. Nous nous sommes arrêtés sur les rives sauvages du premier, loin du camp de yourtes à touristes quatre kilomètres plus loin. Et nous sommes resté là « à ne rien faire ».

Imaginez…

Être allongé à la romaine sous un dais improvisé, à même les fleurs, entendre le ballet des insectes, le sifflement d’alarme des marmottes et ne rien faire d’autre que de sentir le monde.

Prendre un bain dans les eaux pures d’un lac glaciaire.

Rire. Lire. Écrire. Boire un thé. Construire des cairns à forme humaine.

Chercher des minéraux pour le plaisir des yeux. Observer les insectes, les oiseaux. Considérer la lenteur des nuages.

Voir un arc-en-ciel épouser la courbe d’une montagne.

Contempler le couchant.

Contempler l’aube.

Dans la pleine conscience de l’instant…

Un peu de temps qui passe…

Trek de la vallée de Djety Oguz à la vallée d’Altynaraschan (72 km)

Chroniques des petites et grandes démesures (2)

La plupart des randonneurs relient la vallée de Karakol à celle d’Altynarashan, c’est un « classique ». Alors évidemment, comme nous sommes d’impénitents originaux et que nous tenons à nous distinguer du commun des trekkeurs, nous avons décidé d’ajouter une vallée de plus à notre parcours, celle de Djety Oguz qui présente un légendaire et étonnant alignement de rochers rouges : la légende rapporte que ces sept falaises (en réalité, il y en a davantage, 9 parce que depuis, dixit notre hôtesse à Karakol, les taureaux ont fait des petits !) étaient jadis de farouches taureaux, pétrifiés par les dieux pour avoir semés la terreur dans la région.

Les sept taureaux pétrifiés

Passer par Djety Oguz augmente considérablement le dénivelé et nous contraint d’affronter la Telety Pass (3759m)

Le 13/07 : Vallée de Djety Oguz

Le temps de trouver un moyen de transport pour se rendre à Djety Oguz, la matinée est déjà bien entamée. Surtout, nous découvrons qu’avant d’être au point de départ du trek, nous avons une bonne dizaine de kilomètres de piste à couvrir, fréquentée par voitures, cavaliers et 4×4. Une bien longue marche d’approche avant d’être au calme dans la vallée.

Vallée de Djety Oguz

Nous nous arrêtons à 17h, ce qui est exceptionnellement tôt pour nous.

Nous nous asseyons au bord du Djety Oguz, un torrent qui s’abreuve à plusieurs glaciers, nous montons le camp, préparons le foyer, nous lavons dans le torrent. Nous avons le temps. Célia lit un roman de Louise Erdrich. J’écris.

Bivouac

La soirée s’écoule au coin du feu.

On prépare le foyer.

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Le 14/07 La Telety Pass : de la vallée de Djety Oguz à la vallée de Karakol.

Ce second jour va être long et difficile. Nous sommes loin encore du pied du col. Il faut d’abord aller au bout de la vallée. Ensuite,  la montée semble sans fin. Sitôt un épaulement franchi, un autre se présente : ce n’est pourtant qu’un « petit » 900 mètres de dénivelé ! Nous finissons par arriver face à un gigantesque pierrier tandis que le ciel s’assombrit.

La pluie commence à tomber (vive le Goretex, bis !) Çà et là, on aperçoit quelques plaques de neige. De l’autre côté du col, presque tout le versant en est recouvert, joie de l’ubac ! Nous voilà à traverser une neige pleine de pièges. Impossible d’en évaluer l’épaisseur exacte ni de savoir s’il ne s’agit pas en fait de ponts, ce qui pourrait s’avérer fort dangereux. De fait, nous nous enfonçons plusieurs fois jusqu’aux genoux. A un moment, je suis même happé jusqu’à la cuisse ; impossible d’extraire ma jambe, je suis obligé de creuser.

Un nouveau pierrier se présente, à descendre cette fois. En bas, le ciel gronde, la pluie se transforme en grêle : qu’à cela ne tienne, nous décidons de préparer la popote sous ce déluge crépitant. Ne jamais se laisser abattre ! Nous sommes rejoints par un trio de français qui finira par bivouaquer plus bas tandis que nous pousserons jusqu’à la vallée de Karakol au prix d’une bien longue descente. Nous montons le camp au bord de l’Ajuntor, un torrent qui prend sa source au pied du glacier du même nom. Le coin de bivouac est splendide mais malheureusement souillé par les prémisses du tourisme de masse. Je passe vingt bonnes minutes à nettoyer le coin de ses boîtes de conserve, cartouches de gaz, sacs plastiques… Le Kirghizistan commence à peine à s’ouvrir au tourisme et déjà il en porte les stigmates les plus sombres. Ce ne sont pas les randonneurs individuels qui en sont la cause, ceux-ci sont généralement respectueux de l’environnement ; ce sont ceux qui passent par les Tour Operators. La montagne kirghize se parsème de camps de yourtes et de tentes collectives, de toilettes en planche creusées à la sauvette, ce qui implique ravitaillement en vivres et en eau et donc transports, ordures, etc. J’avoue que je ne comprends pas ceux qui ont besoin d’être encadrés tout en s’imaginant vivre l’aventure alors qu’un lit et un repas chaud les attendent à quelques kilomètres et qu’une théorie de porteurs se coltine gentiment leurs sacs. Mais sans doute suis-je un peu borné.

Mais baste ! je suis assis au coin du feu, sous un énorme rocher, je regarde le torrent couler tout en jouant avec les braises, alors j’oublie et je contemple.

Le 15/07 : de la vallée de Karakol à un improbable camping, à mi-chemin du lac Ala-Kul.

Nous nous levons de bonne heure avec l’intention de monter au lac Ala Kul par le sentier sud plutôt que par le nord, trop couru à notre goût. Nous marchons six bons kilomètres de montée sans trouver l’embranchement. Nous rebroussons chemin et demandons notre route à une nomade qui campe là avec sa fille et ses chèvres. Au moment où nous arrivons, elle est en train de barater du beurre. Elle nous indique une vague direction tout droit dans les montagnes (!) Nous passons plusieurs heures à errer de chemin en chemin, lesquels ont en fait été tracés par les troupeaux. En désespoir de cause, nous décidons de rebrousser chemin pour emprunter la voie nord (nous voilà punis de notre présomption). En route, nous croisons Kobe, un flamand qui arpente l’Asie centrale depuis 10 mois et nous restons trente bonnes minutes à discuter avec lui au milieu du sentier.

Lorsque nous entamons la montée vers Ala Kul, il est plus de 14 heures. Quelques heures plus tard, nous croisons des inscriptions peintes sur les pierres qui annoncent « Sauna » et « Food » (authentique !)

Nous finissons par arriver à un incroyable campement, au milieu de nulle part. C’est là que nous rencontrons David, un français qui a parcouru le Népal et qui nous parle de ses treks faits là-bas. Le temps passe et il finit par nous convaincre qu’il est trop tard pour monter à Ala Kul parce qu’il est 17h et qu’à ce qu’il dit, il y a encore 4 heures de montée. Nous nous laissons faire pour le plaisir de sa compagnie et, moyennant 100 com (prononcer som), soit 1,3 euros, nous obtenons le droit de camper. Luxe suprême, nous pouvons même nous laver dans un petit étang alimenté par le torrent.

16/07 : Ala Kul.

Levés tôt et très efficaces pour plier bagages, nous sommes dans les premiers à nous élancer à l’assaut d’Ala-Kul. David sursoit à son départ pour ne pas monter avec nous parce que, dit-il, il est certain que nous allons le semer. De fait, il nous faudra 1h30 pour monter, ce qui est loin des 4 heures qu’il avait annoncées. David trouve le Kirghizistan difficile en comparaison du Népal : voilà qui nous rassure ! En chemin, nous croisons un groupe de personnes « d’un certain âge » accompagnées de guide et porteurs. Dès le premier raidillon, un homme glisse et tombe. Nous trouvons inconscient qu’une agence propose un trek d’un tel niveau de difficulté à un public qui n’est pas préparé à l’affronter.

Cascade de glace croisée en route

L’arrivée sur le lac est une pure magie. L’Alu Kul est une turquoise posée dans l’écrin de zéolite des hauts sommets.

Le lac Ala Kul

Nous montons encore, jusqu’à 3800 mètres, jusqu’à dominer l’ensemble du massif. C’est un enchantement dont on ne peut détacher les yeux.

De l’autre côté, la descente dans la Keltede Valley se fait le long d’une paroi sablonneuse assez périlleuse.

De l’autre côté du col

            Dans la vallée, plus bas, nous croisons un couple de « licornes », deux individus éthérés, improbables et burlesques. J’aperçois d’abord la femme, de dos, et à la voir se mouvoir en crabe, aidée pas à pas par son porteur, j’imagine qu’elle doit avoir au moins 75 ans. Mais surprise : elle en a 30 tout au plus ! Elle a le visage totalement blanchi par une épaisse crème solaire et les lèvres recouvertes de graisse sombre. Son compagnon est grimé de même. On dirait deux clowns blancs avec manchons et gants. Tous deux vivent là une grande aventure (pardon, je suis moqueur !)

            Plus bas encore, tandis que nous nous sommes longuement arrêtés au bord d’un torrent pour manger et filtrer de l’eau pour nos gourdes, nous revoyons passer nos deux licornes. Leur porteur les devance d’une bonne centaine de mètres, l’air atterré. Soudain, la licorne mâle enjambe un ruisselet d’eau comme le ferait une danseuse étoile et s’extasie de satisfaction comme s’il venait de franchir les chutes du Zambèze d’un seul bon, le tout sous l’œil attentif de la GoPro de sa compagne. Nous rions de bon cœur, cela détend les muscles.

Ceci n’est pas une Licorne mais un cavalier kirghize fort civil.

            Bivouac à Altynarashan. Nous achetons des œufs pour faire une omelette. La première de notre périple.

            Le 17/07. Retour sans grand intérêt par la piste de la vallée. 16 kilomètres. Nous revoyons les deux licornes, uniques passagers d’un gros camion 4×4 qui filment la route du retour. Cela promet un magnifique film de vacances…

            A Aksu, nous croisons deux français à un arrêt de bus et négocions un « auto-stop payant » (au Kirghizistan, n’importe quelle voiture est susceptible de se transformer en taxi) que nous partageons avec eux. Retour chez Elvira, notre hôtesse à Karakol, où nous retrouvons avec plaisir Marie et Maïna, deux auto-stoppeuses françaises déjà croisées à Bishkek.