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On demande rarement aux gens qui ils sont, mais plus volontiers ce qu’ils font dans la vie, comme si finalement nous nous réduisions à n’être que ce que nous faisons. L’un a été professeur de lettres; l’autre, infirmière. Pendant au moins deux ans, nous allons cesser d’ « être notre profession » pour devenir de simples voyageurs, des errants qui parcourent le monde sans rien faire de productif, au sens où l’entend notre « civilisation ». Nous ne partons pas en vacances car qui dit vacances, dit travail, et donc salaire. Nous n’aurons ni travail ni salaire. Nous n’aurons pas non plus d’adresse puisque nous ne laissons derrière nous ni maison ni appartement. Nous n’aurons donc pas de trousseau de clés pour alourdir nos poches. Nous partons avec chacun un sac sur le dos. Notre toit sera une petite tente de bivouac. Pourquoi faisons-nous cela? Parce qu’on en a envie! Et c’est la meilleure des raisons! Combien de fois dans nos vies sommes-nous vraiment en mesure de faire ce dont nous avons envie? Nous partons aussi pour voir un peu le monde! Pour rire et nous amuser. Pour profiter de la beauté des êtres et des choses. Pour être libres de notre temps. Parce que la vie, c’est maintenant! Alain & Célia

Hamacs et couchants du Mékong

Chroniques des incommensurables riens

Posés dans des hamacs sur une île au milieu du Mékong. C’est là que nous dormons tout un après-midi. Il fait chaud. Deux énormes massifs de bambous dessinent une arche, comme un porche de cathédrale qui ouvre sur le fleuve en contrebas. Parfois des bateaux passent, étrangement silencieux, le bruit de leur moteur ne nous parvient que lorsqu’ils ont disparu. Le Mékong semble proche et lointain tout à la fois. A ma gauche, invisibles, trois petites cambodgiennes jouent autour d’une table et leurs rires cristallins occupent le haut de la partition. Dans mon dos, de vagues conversations en khmer accompagnent les pépiements des oiseaux. Doucement glisse la musique d’Agnes Obel.

A droite, deux anciennes roues de charrette oubliées forment comme une draisienne dont le cadre est une grosse tige oblique de bambou et une autre plus petite qui a poussé à  la perpendiculaire sur la première. Lorsque mon hamac cesse d’être à l’ombre, je m’installe sur celui à côté des roues et la draisienne cesse d’exister pour moi, tout comme la voûte végétale. A ma droite, une  vieille cabane sur pilotis lentement se délite.
Le tableau serait parfait s’il n’y avait trop souvent le bruit d’un moteur de scooter: c’est un habitant qui passe sur le petit chemin de béton qui fait presque le tour de l’île. Presque car il oblique avant d’arriver au bout, laissant à un sentier sablonneux le soin de conduire jusqu’à la pointe de l’île en passant par un immense arbre sacré où de jeunes cambodgiennes sont venues se recueillir et faire des selfies. Il y a des dieux aussi sur Instagram, aurait dit Héraclite…

En fin d’après-midi, nous prenons l’avant-dernier bateau pour regagner la rive.

Sur le bateau…

Ailleurs au bord du Mékong

Ailleurs, toujours au bord du fleuve, après dix-sept kilomètres de vélo, nous nous posons encore dans ce que Christian a baptisé cabane à sieste. Il ne cesse de clamer son respect pour le peuple cambodgien qui met des hamacs à la disposition des promeneurs. Les chauffeurs de Tuk-tuk en tendent même à l’intérieur de leur véhicule pour dormir en attendant le client. Pas un perron sans hamacs, pas un chemin sans un morceau de tissu ou un filet tendu entre deux arbres dans un repli de l’ombre.

Cabane à sieste au bord du Mékong

Quand le soleil commence à descendre, nous repartons à vélo jusqu’à un promontoire pour tenter d’apercevoir les dauphins de l’Irrawaddy dans les eaux figées par le couchant. Nous étions venu là avec l’intention d’approcher les animaux en bateau, mais nous avons renoncé. Il reste si peu de ces dauphins sacrés du Cambodge, à quoi bon aller les déranger?

Observatoire

Nous restons presque deux heures à scruter la surface étale et miroitante du Mékong.

Nous verrons émerger un ou deux dauphins, au loin, fendant brièvement la surface des eaux devant un bateau à touristes.

Dauphin!
Dauphin!

Nous repartirons sur nos bruyantes bicyclettes, répondant aux « Hello! » des enfants qui nous interpellent sur le bord des routes.
Le soir, nous boirons des cocktails au restaurant de notre hôtel.

Soudain notre voyage se met à ressembler à des vacances.
Oui, même les voyageurs ont besoin de vacances…