On the road again…

Chroniques des incommensurables riens…

Promenade en bateau à la recherche des dauphins roses…

A Khanom, province de Nakhon Si Thammarat, nous sommes restés trois mois. En tout, nous aurons passé presque quatre mois en Thaïlande. Ce n’était pas prévu. Personne n’avait prévu la pandémie (sauf dans l’esprit des complotistes) ni la panique mondiale qui s’en suivrait, et franchement, d’ici, la panique faisait plus peur que le coronavirus! Nous avons suivi de très loin les différents développements français, les gesticulations politiques et journalistiques, les prévarications et les opportunismes….
Nous avons fait retraite dans une minuscule maison-bungalow, posée dans un écrin de palmes et de fleurs.

Les accessoires indispensables: Walter-Charles le canard (Canard WC pour les intimes) et des vélos prêtés par notre hôte.

Là, nous avons réappris la patience et les vertus de l’attente.

Nous avons réappris à nous ennuyer, à ne rien faire, à avoir du temps pour cuisiner, lire, faire du vélo, nous baigner, dessiner, construire des trucs et des bidules en coquillages…
Nous avons parfois eu l’impression d’être hors du temps, hors de l’espace, dans une sorte d’utopie baignée d’un éternel présent, dans le chaud balancement des palmes ou les furies de la mousson.

A l’écart du monde; mais pas à l’écart de la vie, entourés que nous étions par des peuples d’oiseaux chanteurs, des crapauds coassant étrangement, des papillons, des légions de fourmis, des lucioles, des lézards, d’énormes scarabées, des araignées, des escadrons de moustiques, des serpents, des chiens et des poules…

Nous avons eu le temps de voir les oiseaux construire leur nid, les poussins grandir et les fleurs éclore, s’épanouir et mourir, bientôt remplacées par d’autres.

Nous avons eu le temps de voir les fruits mûrir sur les arbres, bananes, mangues, ananas, ramboutans…

Nous avons eu le temps de voir les pêcheurs entrer dans l’eau et déployer leurs vastes filets, attendre puis ramener leur nasse pleine de frétillements argentés. Nous avons eu le temps de voir des tempêtes, de découvrir la frontière de la pluie; de voir la mer déchaînée ou placide comme un lac. Le temps de regarder pêcher les aigles et nager les dauphins roses.

La frontière de la pluie…
Arc-en-ciel.
Dauphin aperçu de loin…
Joe et les dauphins roses…

Nous avons eu le temps de constater que pas un jour ne commence comme la veille, que l’aube est un peintre qui jamais ne se lasse d’étendre et de mélanger ses couleurs.

D’ailleurs, au moment où j’écris ces mots, je suis sur la plage, avec la lune dans mon dos et le soleil naissant en face. L’Aube est délicatement rosée ce matin, avec de longs à-plats d’orange sur une mer qui n’est qu’une lente ondulation. Le ciel est plein d’hirondelles. Je vais attendre que surgisse le disque du soleil et je me baignerai dans l’éblouissement de sa traîne.

Oui, nous avons eu le temps de contempler et d’aimer le paysage. d’apprendre à le connaître. Nous avons eu le temps de vivre.

Mais je ne crois pas qu’ici nous ayons appris quoi que ce soit sur nous-mêmes que nous ne connaissions déjà. Nous savions que nous pouvions vivre ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre, nous savions que nous étions des sortes de dissidents, puisque justement nous étions mis à l’écart du monde depuis des mois déjà.

A Khanom, j’ai beaucoup écrit et par moment le séjour a pris pour moi des airs de résidence d’artiste tant Célia a tout fait pour me faciliter la tâche.
A Khanom, nous avons mené une vie monotone, mais monotonie ne veut pas nécessairement dire grisaille et ennui. Nous ne nous sommes pas ennuyés. Nous avons tenté de transformer la laideur en beauté, les immondices en tableaux…

Nous regretterons sans doute l’éternel été de Khanom, la chair douce et ferme des mangues, les pastèques, les ananas, le balancement des palmes, les bains de mer quotidiens quel que soit le temps. Nous aurons pris la mauvaise habitude de nous baigner dans des eaux à plus de 30°, nous qui préférions les eaux fraîches des lacs de montagne…

Des fruits savoureux, de la musique, des livres, de quoi écrire, la mer; que peut-on vouloir de plus?


Le mouvement peut-être… Oui, le mouvement. Celui de la marche. Avec le vent dans les oreilles, mais un vent frais, presque froid; pas la chaleur moite de Khanom…
Nous avions prévu d’aller en Malaisie, en Indonésie, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Ladakh, en Mongolie… nous n’irons pas; en tout cas, pas cette année.
Notre plan de route est caduc. La plupart des pays du monde nous sont pour l’instant fermés et bien malin qui pourrait dire quand ils s’ouvriront à nouveau…

On prépare les sacs…
On nettoie nos vêtements chauds revenus de Nouvelle-Zélande. Au moins eux y seront allés!
Éclaté du sac de Célia…

Mais baste! Nous n’avons pas capitulé même si nous avons parfois connu des moments d’abattement et l’impression d’être entrés dans un labyrinthe sans sortie. Nous avons quand même fini par trouver où aller. Et nous y allons! Le voyage va être long mais nous allons avancer à rebrousse-temps…
Après avoir été confinés trois mois, nous allons vivre dehors trois mois, au plus près de la terre et des éléments.
Allez, j’en ai trop dit!
Si vous devinez où nous allons, postez un commentaire, vous aurez droit à une carte postale…

14 réflexions sur « On the road again… »

  1. Oui, une vraie parenthèse ailleurs. Peut-être cela aurait-il manqué au milieu de tout le mouvement initié. L’Iceland pourrait assurer un joli contraste, je ne sais si elle est ouverte.
    De toutes façons, ce sera bien !bises

  2. Trop nulle en géographie pour deviner,tant pis pour la carte…..vos photos sont toujours aussi superbes…..et le texte aussi instructif et bien écrit….Vous vous suffisez à vous même sans perdre le goût de la nature…..est ce que je vous envie?

  3. Coucou les Amis,
    Ah décidément, quel voyage !
    Drôle de distortion et remise en question de l’écoulement du temps.
    Moi je dis : Antarctique !

  4. Ce post est merveilleux par la rédaction et les photos, comme d’hab!!!
    C’est trop bon et j’adore votre génie créatif 😍

  5. Superbe texte, très bien illustré.
    Aucune idée sur la destination mais c est le lieu qui est fait pour vous….
    Bon voyage

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